Le 15 juin 1944 reste l’une des journées les plus tragiques de l’histoire de Laval. Alors que les forces alliées intensifiaient leurs opérations pour préparer la libération de la France, la ville fut durement touchée par plusieurs bombardements visant notamment les ponts, le viaduc et les infrastructures ferroviaires.
Jean G., alors employé à la mairie de Laval et membre de la Défense passive, a livré un témoignage poignant de cette journée de chaos et de peur.
Vers 15 heures, l’alerte est donnée par la Kommandantur allemande installée à l’hôtel Continental. À la mairie, la sirène retentit aussitôt. Mais les premières bombes tombent presque immédiatement. Les habitants se précipitent vers les abris tandis que les explosions secouent le centre-ville.
« Les vitres de la mairie ont explosé. J’ai reçu des éclats sur la tête, mais mon casque m’a protégé », se souvient-il. Une bombe est tombée près de la rue de l’Hôtel-de-Ville, provoquant d’importants dégâts.
À l’intérieur du bâtiment, la panique gagne les personnes présentes. Des femmes venues chercher leurs cartes d’alimentation descendent précipitamment les escaliers. Jean G. porte même une femme blessée à la cheville jusqu’à un abri.
Grâce à un poste d’observation installé au sommet du palais de justice, les autorités municipales apprennent rapidement que le viaduc a été touché. Pendant près d’une demi-heure, les bombardements se poursuivent sans relâche. Dans les abris, l’angoisse est à son comble. « Tout le monde priait. On entendait : “Jésus-Marie-Joseph” », raconte-t-il.
Le viaduc est finalement sectionné par les bombardements américains. D’autres bombes frappent les environs de la rue du Vieux-Saint-Louis, faisant plusieurs victimes civiles.
Très vite, les incendies se multiplient. Les rues de la Paix, du Pont-Neuf et de l’Hôtel-de-Ville sont en flammes. La librairie de La Pierre brûle, tout comme le Café de l’Ouest. Réquisitionné pour aider les secours, Jean G. participe aux opérations de lutte contre le feu à l’aide d’une motopompe alimentée par les eaux de la Mayenne.
La nuit venue, le spectacle est toujours aussi dramatique. La gare, touchée par les bombardements, continue de brûler. Les canalisations d’eau ayant été détruites, les pompiers manquent cruellement de moyens pour maîtriser l’incendie.
« J’ai regardé les fenêtres qui brûlaient dans le silence de la nuit. Le spectacle m’a saisi d’effroi », conclut le témoin.
Huit décennies plus tard, ce récit demeure un témoignage précieux sur les souffrances endurées par la population lavalloise lors des bombardements de juin 1944, quelques semaines avant la Libération.
Source du témoignage : Petit Patrimoine 53. Photo : Francis Trouillet.







