Dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf, dans le sud-ouest algérien, la précarité demeure une réalité pour des milliers de personnes dépendantes en grande partie de l’aide humanitaire internationale.
Dans ce contexte déjà difficile, une affaire d’investissement présumé frauduleux vient de susciter de nouvelles inquiétudes parmi les habitants des camps. Elle relance, plus largement, les interrogations sur la protection des populations vulnérables, la transparence financière et les mécanismes de contrôle autour des ressources mobilisées au nom des réfugiés sahraouis.
L’affaire dite « INFRAVEST » constitue le dernier épisode rapporté depuis les camps de Tindouf.
Selon des informations publiées le 16 septembre 2026 par Hespress, la société présentée comme Infrafist for Contracting and Investment aurait sollicité des investissements auprès d’un nombre important de résidents des camps, en leur promettant des rendements financiers élevés. La société aurait ensuite cessé ses activités et son responsable, identifié comme Salamo Abaali, aurait disparu. Des personnes se présentant comme des investisseurs lésés se seraient rassemblées devant les locaux de l’entreprise à Rabouni pour réclamer la restitution de leurs fonds.
À ce stade, le nombre exact de personnes concernées et le montant global des sommes engagées n’ont pas été établis de manière indépendante. Il convient donc de parler d’escroquerie présumée et non d’une fraude définitivement établie.
L’affaire n’en demeure pas moins préoccupante pour une population dont les possibilités de revenus et d’épargne sont particulièrement limitées.
La question de la gestion de l’aide destinée aux camps de Tindouf n’est pas nouvelle.
L’Union européenne avait, dans les années 2000, fait état d’allégations de détournement de certaines aides humanitaires et saisi l’Office européen de lutte antifraude, l’OLAF. Les investigations avaient notamment mis en évidence des faiblesses dans la chaîne logistique de certaines opérations humanitaires. En réponse, la Commission européenne avait renforcé les mécanismes de contrôle, notamment au niveau du transport, du stockage et de la distribution.
Depuis ces mesures, la Commission européenne affirme ne pas avoir détecté de nouvelles preuves de détournement de l’aide financée par l’Union européenne. En 2023, elle indiquait que l’aide était acheminée exclusivement par l’intermédiaire d’agences des Nations unies et d’ONG internationales, avec des audits et des mécanismes de suivi réguliers.
Cette précision est importante : les anciennes enquêtes et les mesures correctives européennes ne permettent pas, à elles seules, d’affirmer que les détournements se poursuivent aujourd’hui.
La situation humanitaire reste cependant particulièrement fragile.
La Commission européenne souligne que les réfugiés sahraouis vivent dans cinq camps isolés près de Tindouf et que les difficultés d’accès aux moyens de subsistance rendent l’aide humanitaire essentielle à leur survie.
Cette dépendance donne une importance particulière à toute question relative à la gestion des ressources, qu’il s’agisse de l’aide alimentaire, des projets sociaux, des financements associatifs ou encore des initiatives économiques développées au sein ou autour des camps.
Pour les populations concernées, chaque perte financière peut ainsi avoir des conséquences particulièrement lourdes.
En Italie, Fatima Mahfoud, représentante du Front Polisario dans le pays, est régulièrement associée aux activités de solidarité organisées en faveur des populations sahraouies.
Des sources publiques italiennes et sahraouies documentent sa participation à plusieurs initiatives de coopération et de collecte de fonds destinées à soutenir des projets dans les camps. En septembre 2024, elle avait notamment participé à Rome à une soirée de collecte organisée par l’association Medicina e Assistenza ai Margini, destinée à soutenir des projets médicaux en faveur des enfants sahraouis.
Elle est également impliquée dans la coordination du programme « Vacances en paix », qui permet chaque année à des enfants sahraouis de séjourner auprès de familles d’accueil en Italie. Le programme 2026 s’est notamment achevé en août avec le retour des enfants dans les camps.
Des accusations de manque de transparence concernant certains financements ou initiatives associatives sont évoquées dans différents milieux critiques du Polisario. Toutefois, les éléments disponibles ne permettent pas, à eux seuls, d’établir la réalité de ces accusations ni une responsabilité personnelle de Fatima Mahfoud dans une quelconque irrégularité financière.
De même, toute accusation concernant d’éventuels abus commis contre des mineurs doit faire l’objet d’éléments vérifiables et d’enquêtes compétentes avant toute conclusion.
L’affaire INFRAVEST remet néanmoins au premier plan une question essentielle : comment garantir une protection efficace des populations les plus vulnérables contre les abus financiers et les éventuels détournements ?
La réponse passe notamment par la transparence des financements, la traçabilité des ressources, des mécanismes indépendants de contrôle et la possibilité pour les bénéficiaires de signaler les irrégularités sans crainte de représailles.
Car derrière les financements internationaux, les programmes de solidarité et les affrontements politiques autour du Sahara occidental, il y a une réalité humaine : celle des familles qui vivent depuis des décennies dans les camps de Tindouf.
Les réfugiés ne devraient pas être les victimes collatérales des éventuelles défaillances des structures qui prétendent défendre leurs intérêts.
L’affaire INFRAVEST, si les faits rapportés sont confirmés par les investigations compétentes, devra donc être suivie avec attention. Elle pose une question qui dépasse le seul cas d’une société d’investissement : quels mécanismes indépendants permettent aujourd’hui aux populations des camps de Tindouf de contrôler, de protéger et de faire valoir leurs droits sur les ressources mobilisées en leur nom ?







