Après de multiples renouvellements et un long imbroglio, le détachement de Monsieur BOUGONOU Youssouf à la CEET a enfin pris fin il y a un peu plus de deux mois.
D’après les agents de cette société, après plus de cinq ans d’attente, les réformes tant espérées n’auront donc définitivement jamais lieu. Les neuf cent quatre-vingt (980) pages du rapport de diagnostic et de recommandations du « Projet de Réforme Commerciale et Marketing (PRCM) » semblent avoir disparu dans les archives, pour ne pas dire dans les méandres de cette société. Et pourtant, ces travaux avaient mobilisé en 2018 plus d’une centaine de directeurs, chefs de départements, cadres et autres agents pendant plusieurs semaines. Un gâchis illustrant les errements d’une entreprise publique gangrenée par de nombreux maux.
La mobilisation avait pourtant été exceptionnelle pour porter cet ambitieux projet de réformes. Des heures de travail supplémentaires ont été exigées des équipes en plus de leurs activités quotidiennes afin de produire des livrables dans les délais impartis.
La méthode employée avait permis d’aller au fond des sujets, jusqu’à en révéler les aspects les plus cachés. Presque tous les périmètres d’activité de la société avaient été examinés dans leurs moindres détails, mettant en lumière des écarts inimaginables entre les comptes commerciaux, comptables et financiers.
Tout le monde espérait un véritable salut au terme de ces travaux, initiés, dirigés et consigné dans un rapport de près de mille (1000) pages par le sieur BOUGONOU en 2018.
Il faut rappeler que ces travaux avaient été engagés à la suite d’un rapport situationnel alarmant produit par ce dernier, seulement deux mois après son arrivée en détachement. Ce rapport préliminaire avait révélé des « énormités » dans la gouvernance de l’entreprise : non-respect des procédures, absence d’outils de gestion adéquats, systèmes obsolètes ; la gestion des stocks : failles importantes dans le suivi des flux, mauvaise valorisation ; la gestion des processus de branchement : protocoles de sous-traitance ambigus ; la gestion des comptes clients et des systèmes de facturation, déconnectés des réalités du terrain.
Et ce ne sont là que quelques exemples tant les manquements relevés étaient nombreux.
Tout avait été fait pour garder ce rapport confidentiel, tant son contenu aurait embarrassé plus d’un.
Il faut se souvenir que la réputation intransigeante de cet homme de travail avait provoqué des remous dès son arrivée dans une CEET alors sous la coupe d’un Directeur Général réputé pour ne respecter ni son Conseil d’Administration ni son ministre de tutelle. Considéré comme un « parachutage », tout avait été tenté pour empêcher sa venue.
S’agissant du lancement du projet de réforme, il est apparu clairement aux observateurs que la Direction Générale de l’époque n’avait accepté ce chantier qu’en contrepartie du compromis de ne pas diffuser le rapport d’audit, dont les constats étaient accablants.
La suite, malheureusement, est connue. Après près de quatre mois d’intenses travaux salués par la Direction Générale, le projet n’a jamais franchi la phase de mise en œuvre.
Aussi surréaliste que cela puisse paraître, les recommandations et la feuille de route adoptées par le comité ad hoc n’ont jamais été exécutées, en dépit des nombreuses séances de validation par les comités techniques et par le Comité de Direction.
Bien que validé en interne, le rapport final n’a jamais été transmis au Conseil d’Administration, ni pour information, encore moins pour adoption.
Constatant les réticences à engager des réformes pourtant impératives, l’intéressé aurait demandé en 2020 la fin de son détachement. Une demande confirmée par la copie de la lettre adressée à la Direction Générale. Malgré son maintien dans la société pendant encore plus de quatre ans, sans contrat, aucune réforme n’a été mise en œuvre.
Pourtant, le projet avait été salué en interne. Il proposait un niveau d’ambition en totale rupture avec les pratiques alors en vigueur à la CEET, marquées par : la quasi-inexistence de plan stratégique ou de plan annuel d’activité ; l’incapacité chronique à adopter le budget annuel dans les délais légaux, suscitant la colère des agents et une faible orientation client, déconnectée des attentes et des normes modernes de service public.
Le rapport recommandait le lancement de plusieurs programmes structurants, détaillés et assortis de leur protocole d’exécution, notamment : le programme « Business Secure » ; le programme « Business Unit Report » ; le programme « Cap Client » et le programme « Évolution Plus ».
Toutes ces recommandations avaient été planifiées pour être exécutées en une année.
Pourtant, six ans plus tard, les agents affirment qu’aucun des programmes prévus n’a connu le moindre début d’exécution.
Pour ceux qui avaient cru en ce projet, c’est une immense déception. Beaucoup, connaissant les méthodes de la maison CEET, restaient toutefois sceptiques quant à la réelle volonté de mettre de l’ordre dans un système miné par des intérêts tentaculaires.
Aujourd’hui encore, les agents dénoncent les errements des responsables du secteur, déplorant leur méconnaissance de la situation catastrophique de la gestion interne. Beaucoup estiment que les récentes décisions des autorités ne constituent que des raccourcis visant à masquer des problèmes beaucoup plus profonds.

Alors, qu’est devenu le Projet de Réforme Commerciale et Marketing de la CEET ? Où se trouvent les documents suivants : le rapport situationnel, le rapport d’audit, le document de recadrage et de redéfinition stratégique, ainsi que les plans des programmes ? Même certains documents rendus publics à l’époque semblent aujourd’hui avoir été oubliés, pour ne pas dire volontairement écartés.
Les agents de la CEET ont coutume de dire
« Si on vous explique les problèmes de cette société et que vous dites avoir compris, c’est qu’on vous a mal expliqué. »
Vivement que les lignes bougent.








